La chanson autour de la
PREMIERE GUERRE MONDIALE

Sylvain Vigneron, agrégé et docteur en Histoire, professeur de Première Supérieure au Lycée Faidherbe (Lille)

La musique et la guerre ont toujours été liées. La musique militaire officielle, conçue pour galvaniser les troupes, accompagne les combats eux-mêmes et soutient la charge au son du clairon, du tambour ou du fifre. Le soldat y puise élan, courage, inconscience du danger : des hommes, elle fait des combattants. Cette musique-là est intentionnelle, organisée, décidée. Une autre plus intime et en chanson aide à supporter, soulager et rassurer. Elle permet de prendre un peu de distance par rapport à une réalité devenue difficile.

Premier conflit à être médiatisé en temps réel par la chanson, la Grande Guerre inspire ainsi plusieurs milliers de titres à la société française. Il existe au moins deux répertoires de chansons de la Première Guerre mondiale, qui se recoupent parfois : les chansons de l’arrière, hymnes chantés indifféremment dans les rassemblements officiels et les cafés-concerts; les chansons du front qui décrivent les conditions de vie, recopiées et illustrées de la main des poilus, compilées dans des carnets de chant peuplés de fleurs naïves et de femmes demi-nues, chansons officielles dessinant un bestiaire où aigles, loups, cochons, corbeaux allemands et coqs gaulois s’entretuent. Quelques chansons secrètes, interdites, se cachent dans la doublure des vareuses, dénonçant, sur des airs de chansons à la mode, la guerre d’abattage, l’absurdité des morts en masse, la violence extrême, ou expriment découragement et défiance à l’égard du commandement. Et parmi elles, des chansons plus simples, disent le manque d’eau pour se laver, le manque de femme pour aimer, les rats, les poux, la boue, la mort des compagnons.

A l’évidence, cette profusion musicale fait de la chanson la forme artistique la plus étroitement liée à la Première Guerre mondiale.